Danse orientale

La danse orientale est une danse d'isolation dans laquelle les différentes parties et les différents centres du corps bougent indépendamment les uns des autre, tout en finissant par former une unité.

Tout comme la goutte d'eau se fond dans les flots harmonieux d'une rivière qui puise inlassablement à sa source, cette danse puise sa force dans le ventre. Le corps tout entier tourne autour de ce centre, autour du nombril du monde.

Dès son enfance, Fawzia Al-Rawi a été initiée par sa grand-mère aux traditions de sa culture, où la danse orientale était une expression essentielle du monde des femmes. Depuis plus de 25 ans, elle fait découvrir les joies et les sagesses de cette danse à des femmes d'autres cultures. En explorant l'effet des différents mouvements sur leur corps, les danseuses bénéficient également des trésors de connaissance de Fawzia, tant sur les plans théorique que pratique.

Sinueux et circulaires, nombreux sont les mouvements de la danse orientale qui partent des articulations, massant et pétrissant le tronc en douceur. A travers les mouvements du tronc, du ventre, des hanches et du bassin, les femmes entrent en lien avec la vitalité et les centres vitaux de leur corps. Les différents rythmes les emmènent dans un voyage intérieur qui leur permet de se connaître plus en profondeur et de vivre un processus de guérison.

Il existe un lien entre ces différents rythmes et la santé des danseuses. Plus que l'absence de maladie, la santé est l'harmonie entre le corps, l'âme et l'esprit (le mental). C'est ainsi que la maladie affecte toujours la personne tout entière. Elle nous interpelle : "qu'est-ce que j'ai négligé dans mon être ?" "Qu'est-ce que j'ai oublié d'intégrer dans ma vie ?"

La perte de la conscience symbolique

L'émergence du rationnalisme a progressivement entraîné la perte de la conscience symbolique et de notre lien avec cet héritage intime. Initialement perçu comme faisant partie du grand cycle des saisons liées au mouvement des planètes, le temps s'est ainsi réduit à une simple suite d'heures et de jours.

Or seul le niveau symbolique nous permet de comprendre les différentes phases de notre vie, également connues comme les sept âges de l'être humain. Privés de cette compréhension symbolique, nous devons affronter les conséquences du vieillissement physique, coupés du lien avec cette conscience profonde de notre propre nature, qui naît des différentes phases initiatiques.

Prisonniers d'un monde matériel incapable de refléter notre nature profonde, nous limitons notre quête de sens symbolique au monde extérieur et finissons par glorifier les vêtements ou les automobiles. Et alors que nous travaillons toujours plus dur, nous sentons qu'il nous manque un je-ne-sais-quoi d'essentiel.

Cette privation du monde des symboles a engendré bien des problèmes pour l'humanité en général, et en particulier pour les femmes. En effet, plus que le masculin, le féminin se nourrit de son harmonie avec la nature, le monde des symboles et les lois du rythme.

Les symboles et les rituels font partie intégrante de la vie. Ils naissent du lien avec le monde intérieur, lui-même un cadeau du Divin. La conscience symbolique est attribuée à l'hémisphère droit du cerveau qui fonctionne de manière holistique. L'analyse, la logique et la pensée conceptuelle relèvent de l'hémisphère gauche du cerveau qui se développe avec l'apprentissage du langage et se concentre principalement sur le monde extérieur. L'hémisphère droit est essentiellement réceptif ; il s'attache plus au monde intérieur, pense en images et observe les changements dans une dimension d'ensemble.

Dans notre monde dominé par le matériel, la pensée analytique a pris une place croissante et étouffé la conscience symbolique. Privée de son importance, la pensée symbolique survit pour la plupart d'entre nous dans notre inconscient et se manifeste dans des rêves, des représentations imaginaires et des ressentis flous.

La danse orientale - une porte ouverte sur le monde symbolique

Si nous voulons vivre en harmonie avec notre nature profonde, il nous faut retrouver une approche holistique du monde symbolique. Les ondulations et les cercles de la danse orientale nous permettent d'en redécouvrir le langage et la conscience tombés dans l'oubli. La scène de cette danse des femmes est en effet l'espace entre les mondes intérieur et extérieur qui les réunit ; elle initie une relation symbolique avec la vie et avec notre nature profonde, et nous permet d'accéder aux symboles intérieurs de sagesse et de force qui nous chantent et nous enseignent la sagesse de notre âme.

La réceptivité est une qualité féminine qui est devenue invisible dans notre monde masculin. Les mouvements de la danse orientale peuvent nous aider à développer à nouveau l'art féminin de l'écoute et de la réceptivité créatrice, et à ouvrir une porte qui donne sur la réalité symbolique de l'âme. Notre pensée masculine doit se mettre au service du monde intérieur féminin. Nous ne devrions pas permettre à notre mental rationnel de suivre des structures patriarcales pour attaquer ou nier la sagesse du féminin. Il importe de rétablir l'équilibre entre les consciences masculine et féminine afin qu'elles puissent travailler de concert. L'union de la conscience analytique et de la conscience symbolique peut permettre l'émergence d'une compréhension plus profonde et plus riche de notre nature véritable, en nous apprenant à chérir notre appartenance à un tout qui nous nourrit et guide notre être intérieur.

Cette approche est bien différente de l'attitude que le monde extérieur exige de nous : agir en fonction de ce que nous comprenons et que nous connaissons. La force et la philosophie cachée de la danse orientale peut nous aider à éveiller en nous ce qui est capable de répondre sans préjugés..

Fawzia Al-Rawi